A peine arrivés à La Paz au petit matin, nous avons le bonheur de retrouver (et rencontrer) Olivier Peyre, un vieux pote de Christophe et son amie Nadège dans un café internet très sympa où ils sont logés, le Chuquiago. Olivier fait le tour du monde en vélo et voile (entendez par là bateau à voile en stop et parapente) depuis plus d'un an, et pour quatre ans au total, et Nadège l'a rejoint pour six mois en Amérique du sud (leurs blogs : enrouteavecaile.com et nadou3g.revolublog.com). Pour entendre une interview faite par Christophe, c'est par là.

La web cam permet à son sponsor (Rando Cycles) de guider les réparations depuis la France, c'est rigolo...

Nous décidons de partir le jour même pour "la route de la mort", de la Paz (plus exactement la Cumbre, 4700m d'altitude) à Coroico (1700m), que de la descente, du vélo comme je l'aime !!! Comme on n'arrive pas à louer des vélos, on est obligés de passer par une agence avec guide, voiture balais et pause coca cola imposée, au grand désespoir de nos amis pour qui tout cela est bien loin de leur éthique... Mais le guide est adorable et drôlement fort, et la balade est très chouette : après 20km de route bitumée nous enchainons sur 40km d'une étroite piste bordée d'un sacré précipice. Avant, tout le monde empruntait cette route, y compris les camions qui se croisaient en risquant de dévaler dans le vide, ce qui arrivait parfois. Depuis quelques années, une nouvelle route a été ouverte et la piste n'est plus utilisée que par les cyclistes, ou presque.

Après des paysages de pierriers raides et de relief désertique, nous arrivons tout en bas dans les Yungas où les pentes sont devenues vertes et touffues, la jungle... Nous campons une nuit sous la pluie, la première depuis bien longtemps, et repartons le lendemain en bus-stop pour La Paz. Notre grande surprise fut de constater que notre grand aventurier Olivier a peur des araignées, ce qui casse un peu le mythe, mais bon...

De retour à La Paz, nous passons une soirée crêpes très sympathique au Chuquiago autour d'une grande table, avec Olivier et Nadège bien sûr, Louisia, Marie (trop fou, une pote de Sylvain Tesson, Olivier n'en revenait pas, son idole...) et deux suisses cyclistes (les cuistots, c'est Olivier et moi et on s'est donnés du mal...).

Le lendemain, départ pour Sorata dans les montagnes où on se fait deux jours de rando assez intenses (1500 puis 1200m de dénivelés jusqu'à 5400, dur dur...) avec Julio notre guide, en guise d'entrainement et d'acclimatation pour le Huayna. Le premier jour était assez nuageux et la visibilité plus que réduite, mais le deuxième jour fut fabuleux, un des plus beaux paysages de montagne que j'ai vus. Seuls dans cette immense cirque entourée de sommets blancs majestueux, de glaciers chaotiques, de falaises noires argents... Et ce lac étonnant, la Laguna Glacial dans lequel se jette le bleu opaque de la glace.

Cette vue jusqu'à très loin bien au dessus des nuages, horizons successifs de courbes et de crêtes... Le pierrier est plutôt inhospitalier, mais quelques plantes curieuses toutes velues poussent courageusement entre roche et neige.

Deux gamins surveillaient nos tentes, nous entamons la descente qui nous fait retrouver petit à petit des arbres, des prairies et des villages.

De retour à Sorata, nous sautons dans un minibus pour La Paz. Au loin, une guirlande de monts enneigés nous accompagne jusqu'à la capitale.

Les trois jours suivants sont consacrés au Huayna Potosi. Avec nous, Jonah un anglais plus très anglais (il a quitté l'Angleterre depuis plus de dix ans...) et deux hollandais, Richard et Jorg. Trois guides boliviens adorables, Feliciano, Macario et Felicio.
Premier jour : trajet jusqu'au premier refuge (hyper confort!), encore un lac aux couleurs folles, nous posons devant le sommet à gravir. Puis entrainement sur glace, aie aie aie l'escalade verticale avec piolets c'est pas mon fort... 

Deuxième jour : matinée pépère à prendre le soleil et désirer le sommet, puis grimpette dans le brouillard jusqu'au deuxième refuge, bien plus rustique (oui, je sais, c'est encore Christophe qui porte tout...).

Soupe et nouilles, le duo gagnant. Et machouillage de coca pour nos trois guides bien marrants dans leur coin, complices.

Emmitouflés au maximum dans nos duvets, la demi-nuit fut difficile, l'altitude rendant le sommeil ardu.

A une heure du matin le réveil sonne. Deux de nous cinq abandonnent d'emblée, malades. Nous nous retrouvons, Christophe, Jorg et moi avec un guide chacun, le luxe! Nous avons à peine besoin de nos frontales, la pleine lune déploie une magnifique clarté argentée sur le glacier. Nous progressons lentement, soucieux de ne pas vider trop vite notre stock d'énergie (souvenirs du Ladakh, un autre 6000). Seuls bruits de nos pas. Plus nous montons, plus la respiration devient difficile. Feliciano emmène Christophe sur la voie finale directe, quasi verticale, il en bavera à en pleurer, mais quelle fierté d'y arriver!

J'opte sans dilemme pour une voie moins raide, déjà bien assez éprouvante à mon goût. Enfin, me voilà sur la crête, de chaque côté c'est le vide mais je regarde droit devant le sommet qui me nargue. Le guide veut me faire courir sur les derniers mètres mais je ne peux pas, Christophe est déjà en haut, je le sers fort dans mes bras, les premières lueurs déchirent le ciel comme une giclée de lave incandescente. La vue est dingue, les lumières palpitantes de La Paz, le lac Titicaca, ces monts, ces vallées, ce défilé de crêtes en ombre au loin.

Il fait bien frais, le sommet n'est pas très confortable (!), alors nous descendons doucement jusqu'à un replat accueillant où nous soufflons un peu plus. A côté, une falaise de glace en stalactites dorés par le soleil naissant.

Jusqu'au refuge, les paysages sont somptueux, je dévore ces courbes, ces ombres, ces cassures, cet infini, je m'en nourris jusqu'au bout des veines, je respire large comme jamais.

Il nous faut encore descendre dans le pierrier jusqu'au premier refuge où nous attend une soupe miraculeuse.

Retrouver La Paz est étrange mais pas désagréable, on l'aime bien cette ville  qui grouille, qui vit haut et fort. La nuit fut délicieuse, le réveil un peu précoce, le bus part à 8h pour Cuzco au Pérou, c'est presque fini la Bolivie, qu'est ce qu'on a aimé ce pays, alors je vais vous en dire quelques petits mots encore avant de clore ce billet.

On a eu un vrai coup de cœur pour la Bolivie, ses paysages, ses villes, ses villages, ses habitants. Pour ce monde simple, dur, où les visages sont burinés par le soleil, les mains crevassées de travail et l'élégance fière. Pour cette ferveur et ce terrible espoir dans le nouveau président, Evo.

Pour ces essaims de minibus criants leurs destinations en boucle tout en se bringuebalant sur les routes cabossées. Cette chèvre emmitouflé dans l'éternel tissu bariolé, coincée sur le toit de l'un d'eux entre deux baluchons (pas de photo, domage, c'était si drôle). Pour ce bébé qu'une jeune fille inconnue a pris des mains de sa mère si naturellement et gardé sur ces genoux tout le trajet, la maman étant pliée en deux entre deux sièges occupés.

Pour ces bus colorés aux nez pointus.

Et les chapeaux melons, évidemment.

Le bus nous dépose à la douane qui ressemble plus à une cohue de parisiens un jour de grève. Petit coup d'œil sur le lac Titicaca. Déjà un désir de retour.

Bienvenue au Pérou, nous y voilà. C'est mon anniversaire, une frontière comme cadeau...

Toutes les photos ici.